Première approche - Jubilation, un nouveau Bashung ! Les Inrocks dithyrambiques, Télérama (V. Lehoux) tiède mais un son immédiatement large, la sensation d'une country spatiale. C'est Marc Ribot, fidèle au poste qui est au banjo et au dobro. Impression d'une joyeuse évidence. Les jardiniers de ce paysage sonore sont des orfèvres. Le livret luxueux de l'édition limitée, mais abordable, livre les noms : depuis Fantaisie militaire Martin Barker et Simon Edwards sont toujours là et ça sonne. Cette édition comporte aussi des dessins à l'encre qui rappellent les bonheurs visuels d'Andrew Wyeth.
Jean Fauque a disparu, Gaétan Roussel est très présent... écoutons.
Deuxième approche : une écoute attentive
Je t'ai manqué - 3'39 - Paroles et musique de Gaétan Roussel. Il joue parfaitement le jeu de l'univers de Bashung. Au bord du sens, rencontre sursitaire, gimmick de banjo saupoudré à bon escient. Cette chanson est une ingénieuse et géniale entrée en matière et en matériaux pour cette nouvelle (petite) entreprise. Qui donne le La ? La question est tranchée d'emblée : Alain Bashung insuffle et siffle (les fonds de théières).
Résidant de la république - 3'21 - Paroles et musique de Gaétan Roussel. Les premières notes du dobro, comme des cordes, sont allusives, imaginatives. Le motif arabo-andalou sous-jacent sous entend les sans papiers, sans cartes ni boussoles face au monstre froid de l'état. Démuni, Alain Bashung ouvre et referme en écho sur le j'sais pas - angoissante ignorance sur lit de violons maures.
Tant de nuits - 4'17 - fruit d'une collaboration involontaire entre Armand Méliès et Joseph d'Anvers (cf. le documentaire) mise en musique par A.B. c'est un régal sonore. Les accents du mélotron des Moody blues de Night in white satin (qu'A.B. avait reprise en 91 dans Osez Joséphine) reviennent en mémoire. Il s'agit de nuits, de trahisons et de misfits. Balade mélancolique jusqu'à la noirceur... des ongles. C'est extra !
Hier à Sousse - 3'55 - Paroles et musique de Gaétan Roussel. Toujours beaucoup d'espace pour ce jeu de mots dada désabusé. À écouter...
Vénus - 4'18 - ici entre en scène Gérard Manset, astre mystérieux de la pop française depuis trois décennies. Son texte semble taillé sur mesure et la musique, en collaboration avec A. Méliès lui colle à la peau. De Vénus, astre femme dont ce chant réécrit la naissance (née des caprices) vient le prétexte à ce récitatif parlé chanté bouclé sur des volutes harmoniques montantes. Ça tourne comme du Comelade appuyé sur le banjo badin de Marc Ribot qui s'éteint à la fin comme une boîte à musique détendue.
Comme un légo - 9'04 - écrit entièrement par Manset, c'est la métaphore de la multitude anonyme : "quelqu'un a inventé ce jeu" affirme-t-il dans une longue plainte extatique et candide. Plainte redoublée par l'harmonica gémi par A.B. Allégorie de l'impuissance devant ce non-lieu terrestre regardé par le bout (est-ce le bon ?) de la lorgnette. L'effet de sens est certain, le sens l'est moins mais comme l'espace est vaste !
Sur un trapèze - 3'47 - Paroles et musique de Gaetan Roussel. Ah, les rimes en [ez] ! C'est léger, sans suite, comme une voltige.
Je tuerai la pianiste - 6'11 - paroles de Roussel et Manset, musique de Bashung. Sombre règlement de comptes avec la pianiste "qui un jour fut à [lui]". Ce Bo Diddley tendu mâtine son blues des cordes spatiales qui sont, là encore, l'arrière plan vertigineux qui maintient le plan large. Vous avez dit "grands espaces", il en reste après la tournée.
Suzanne - 4'09 - Oh le groove de Martyn Barker et Simon Edwards ! Splendide adaptation de l'adaptation splendide de Greame Allwright de cette chanson éternelle de Léonard Cohen. Merci à Suzanne, bonheur de ce disque.
Le secret des banquises - 3'35 - Doutes doux amers sur fond de sonneries de cloches par Gaétan Roussel. C'est pas Pâques, il est permis de douter. Le titre léger et cartésien (dubito...) de l'album. On se souvient du Bashung des 80's.
Il voyage en solitaire - 4'04 - Gaétan Roussel joue de la Weissenborn, la guitare hawaïenne de Ben Harper, et A.B. retrouve l'harmonica pour cette version large d'une chanson de 1975 qui n'a pas pris une ride. Quel ton méditatif et altruiste dans la voix d'A.B., dans cette touchante vocalise finale.
Dommage que les "cheap accoustic versions" du DVD, avec GR qui ne sait pas où se mettre et AB qui se cache derrière ses lunettes soient si passables et pas indispensables après les grands espaces du CD. C'est étriqué et bêtement noir...
Par contre, le documentaire est un régal de simplicité et de paroles d'hommes créateurs. Jolie conclusion !
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L'autre dimanche, aux
De loin :
Quel plaisir ce jeudi 31 mai, d'assister au concert donné par Eugène Plaisir (justement ! ) pour le lancement du CD que le groupe vient de réaliser avec l'aide
du bien aimé Youenn Landreau ! Illustrant la personnalité hypocondriaque d'un Eugène qui a la vie dans les gènes (ce qui est (bio)logique), le répertoire original écrit par Philippe Eudes (avec
quelques pépites de Géraldine Béguec), est savoureux de justesse et de poésie. De la chanson